Posted by: Pommes d'Adam | avril 28, 2008

L’ado en tant que tel*

Il y a une sorte d’oiseau qui niche au bord des falaises, celles dont le pied est martellé par la mer en furie. Désolé, je ne connais pas les noms d’oiseaux.

Battus par le vent, les nids tiennent bon, accrochés entre ciel et terre. Tout ce temps, les parents effectuent des raids audacieux et plongent en mer pour ramener de quoi nourrir la nichée. Ils y vont à tour de rôle.

Le temps venu les petits sortent du nid et s’initient aux rudiments aériens et aux lois de la survie en haute mer. Le temps compte, car il faut tout apprendre et ce avant que le froid ne les cloue sur place, faute de savoir voler et plonger en torpille comme leurs parents sans se rompre les os.

Quand ce jour arrive, il leur faudra se lancer, en deltaplane du haut de la falaise. Il n’y a pas trente-six façons de faire, il n’y en a qu’une et elle doit réussir du premier coup; en contrebas gisent les restes de ceux qui auront échoué le vol inaugural. De toute façon, les parents se sont épuisés à la tâche et ils n’ont plus l’énergie de plonger pour quatre afin de ramener du poisson.

Or, que fait le parent avisé quand tout a été dit et montré? si le rejeton devenu grand refuse de se lancer et vivre sa vie volatile? Le parent le pousse du bec, woush woush, le sort du nid  et le pousse vers la falaise, comme eux, jadis, l’ont été. Vas-y mon grand! t’es capable.

chevaux

En fait, je trouve qu’il y a beaucoup de ses deux mouvements dans le rapport à l’adolescence, en apparence contradictoires. Savoir que, oui, je vais me rendre au bout de mes capacités pour t’apprendre à voler de tes propres ailes, je vais être là, quand il faut, comme il faut, je ne te lâcherai pas, je ne suis pas parfait, on s’en fout; d’autre part, ne doute jamais de la séparation radicale qui doit arriver, de la mue qui doit s’opérer entre nous et toi. L’ado “doit” savoir que le parent n’hésitera pas un instant à pousser son grand en dehors du nid. Cela appartient aux prérogatives parentales et il y a des arrachements salutaires. Que ceux-ci tardent à venir, ils font tout pour qu’ils adviennent; ils nous “cherchent” et nous trouvent habilement dans nos derniers retranchements. Le garde-fou, le mur que le parent représente symboliquement sont à la psyché de l’ado ce que le bloc de départ est au sprinter: soit un engin de propulsion, pas de rétention.

Même si cette posture n’est pas facile à tenir, je crois beaucoup à la distance qui doit exister entre le parent et l’ado. C’est même leur faire confiance que de faciliter le décollage, la montée en feuille. On pense les protéger, les aider en les entourant. Enfant, oui, ça peut toujours aller, mais pas avec les ados’. On les étouffe plutôt, comme lorsqu’on plante un érable dans une serre. À moins de désirer un ado-bonzaï, ce n’est pas la chose à faire :)

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*Commentaire, retouché, publié initialement dans Chroniques blondes / Ado Atomic, 26 avril 2008

Photos: courtoisie de File Magazine

Posted by: Pommes d'Adam | avril 21, 2008

Chant de mines

«Ce matin, dans la cour, j’ai remarqué plein de petites dépressions symétriques, grosses comme des cinquante sous, petits entonnoirs s’expurgant vers le centre de la terre, bordés chacun d’une petite lèvre boursoufflée de glaise, figée en son instant par les rayons craquants du printemps.

C’est que la neige a fondu si rapidement que le sol, écrasé tout ce temps de l’hiver, a été surpris les culottes baissées.

Or, le sol n’est pas fou, il a soif. Il sait que les germes attendent leur dû et qu’il lui tarde de nourrir les milles bestioles qu’il a protégé du froid, vaillamment, et qui s’agitent en son sein, comme après un sommeil trop long.

Ainsi va la vie. L’action de grâce n’exploserait pas tant, si les saisons n’étaient pas marquées par le passage du temps sur le sol.»

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Écrit initialement suite au billet “Un jour à la fois” de Josée Blanchette. Comme je trouve qu’il se tient par lui-même, le revoiçi!

* Photo: courtoisie de File Magazine

 

Posted by: Pommes d'Adam | avril 14, 2008

Déguingandée

C’est à-propos de ce commentaire récent, suite à un billet de Josée Blanchette, vous vous rappelez! ce cri du coeur de «Diomsh»:

«Hostie de Tabernak que je t’aime!» (10 avril 2008)

Dans le même ordre d’idée, faisant de l’ordre dans mes papiers, je tombe, en fin de semaine, sur ce poème rap qu’un ami m’avait confié, jadis. J’aurais aimé l’avoir écrit. Ça se lit comme suit.

 * * *

Déguingandée

mon étole
ma farouche
mon obole
mon fouet à mouches

ma… douce, douche,
ma secousse
mon goal, mon score…
pis son maudit beau corps (bis)

mon ostensoir
dans ton boudoir
ma farlouche
mon bouche à bouche

ta camisole lousse
ton sein, ciboire!
tes fesses d’ivoire
j’touche-là mon secteur de brousse (bis)

ma farouche
ma colombe
ma farlouche
mon hécatombe
ma fée rousse
ma ‘tite bombe
ma sainte-nitouche

* * * 

 Borne

Untitled / maskodagama

Posted by: Pommes d'Adam | mars 27, 2008

Une bibliothèque qui respire

Une élève m’apostrophe l’autre jour dans les corridors:

– Monsieur, vous savez qu’il y a seulement vous qui me rendez heureuse ici aujourd’hui!

Dans son sourire, radieux, repose tout de même un fond de résignation. Je m’interroge.

– J’vais aller vous conter ça, tout à l’heure, à la bibliothèque.

Beach umbrellas / @2008 miles storey

Le matin même, j’étais tout fier de lui signaler l’arrivée d’un cd acheté spécialement pour elle. Une commande d’Angleterre. Deux semaines plus tôt, en prévision d’un concours prochain et d’un travail d’envergure, elle s’était désolée de ne rien trouver dans notre collection, ni dans celle du réseau des conservatoires, ni dans la base de données musicales à laquelle nous sommes abonnés. Elle avait bien tenté une recherche dans Google, mais avait dû rebrousser chemin assez tôt, prise de vertige devant l’amoncèlement de résultats non pertinents; un classique…

Laissée à elle-même, ne recevant aucun signal de son professeur, lequel ne transforme en courant d’air aussitôt son cours donné, cette élève se retrouvait dans le vide. J’ai senti ça et je n’ai pas aimé la voir ainsi.

Cette élève joue d’un instrument unique dans un orchestre. C’est une élève avancée et talentueuse. Sérieuse. Le répertoire pour cet instrument seul est restreint. N’étant pas spécialiste et constatant la minceur de notre collection, je me suis fié à elle et j’ai acheté, même si la politique veut que ce soit aux professeurs de recommander les achats.

11h45, elle arrive, se tire une chaise et me dit, comme ça, tout d’un trait.

– C’est drôle Monsieur comme partout ailleurs au conservatoire j’ai des problèmes, sauf ici. Parce qu’ici, il n’y en a jamais de problèmes avec vous. Vous nous écoutez, vous nous aidez, vous nous montrez. Non seulement vous répondez à nos besoins, mais en plus, vous allez au-devant de nos besoins. Ça, je tenais à vous le dire et à vous remercier pour tout ce que vous faites.

Streetlamp in fog–jarrett gorin

 

Venant de la part d’une ‘grande’ de 22 ans, je dois dire que j’étais très touché.

D’autant plus que ce reflet rejoint tout à fait ma conception de la profession.

Quand les élèves -et les profs- entrent à la bibliothèque, je veux qu’ils sentent l’air circuler entre les idées et les choses. Je veux qu’ils se sentent bien. Je veux qu’ils sachent qu’il y a quelqu’un qui les attend et qui ne demande pas mieux que de les aider.

Le mot bibliothèque contient en lui-même une part d’incertitude. Ceux qui croient tout savoir n’ont que faire de ce qu’ils ignorent et ne connaitront probablement jamais le bonheur de trouver du sens dans l’inconnu. Trouver ce que l’on connait déjà… c’est facile! Pas besoin d’un bibliothécaire pour ça!

Tandis que pour le reste … c’est une autre histoire et c’est ici que j’entre en scène. Non pas que je connaisse tout. Très loin de là! Çe serait plutôt que j’ai appris à chercher et à trouver des sources d’information. Et surtout, à montrer comment s’en servir! Je reviendrai une autre fois sur la formation documentaire.

 

Spring bicycles / Long Lim

 

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Photo courtoisie de:

File Magazine

 

Posted by: Pommes d'Adam | mars 19, 2008

L’hiver

L’hiver

S’il n’y avait pas l’hiver

Je me demande

où j’irais chercher la chaleur qui m’habite.

Sans l’hiver, que serait la peur de mourir de froid

d’être frissonnant en t’attendant sous le blanc des draps raidis.

 

Antarctica-lafi

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Photo courtoisie de:

Antartica / lafiFile Magazine

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