Il y a une sorte d’oiseau qui niche au bord des falaises, celles dont le pied est martellé par la mer en furie. Désolé, je ne connais pas les noms d’oiseaux.
Battus par le vent, les nids tiennent bon, accrochés entre ciel et terre. Tout ce temps, les parents effectuent des raids audacieux et plongent en mer pour ramener de quoi nourrir la nichée. Ils y vont à tour de rôle.
Le temps venu les petits sortent du nid et s’initient aux rudiments aériens et aux lois de la survie en haute mer. Le temps compte, car il faut tout apprendre et ce avant que le froid ne les cloue sur place, faute de savoir voler et plonger en torpille comme leurs parents sans se rompre les os.
Quand ce jour arrive, il leur faudra se lancer, en deltaplane du haut de la falaise. Il n’y a pas trente-six façons de faire, il n’y en a qu’une et elle doit réussir du premier coup; en contrebas gisent les restes de ceux qui auront échoué le vol inaugural. De toute façon, les parents se sont épuisés à la tâche et ils n’ont plus l’énergie de plonger pour quatre afin de ramener du poisson.
Or, que fait le parent avisé quand tout a été dit et montré? si le rejeton devenu grand refuse de se lancer et vivre sa vie volatile? Le parent le pousse du bec, woush woush, le sort du nid et le pousse vers la falaise, comme eux, jadis, l’ont été. Vas-y mon grand! t’es capable.

En fait, je trouve qu’il y a beaucoup de ses deux mouvements dans le rapport à l’adolescence, en apparence contradictoires. Savoir que, oui, je vais me rendre au bout de mes capacités pour t’apprendre à voler de tes propres ailes, je vais être là, quand il faut, comme il faut, je ne te lâcherai pas, je ne suis pas parfait, on s’en fout; d’autre part, ne doute jamais de la séparation radicale qui doit arriver, de la mue qui doit s’opérer entre nous et toi. L’ado “doit” savoir que le parent n’hésitera pas un instant à pousser son grand en dehors du nid. Cela appartient aux prérogatives parentales et il y a des arrachements salutaires. Que ceux-ci tardent à venir, ils font tout pour qu’ils adviennent; ils nous “cherchent” et nous trouvent habilement dans nos derniers retranchements. Le garde-fou, le mur que le parent représente symboliquement sont à la psyché de l’ado ce que le bloc de départ est au sprinter: soit un engin de propulsion, pas de rétention.
Même si cette posture n’est pas facile à tenir, je crois beaucoup à la distance qui doit exister entre le parent et l’ado. C’est même leur faire confiance que de faciliter le décollage, la montée en feuille. On pense les protéger, les aider en les entourant. Enfant, oui, ça peut toujours aller, mais pas avec les ados’. On les étouffe plutôt, comme lorsqu’on plante un érable dans une serre. À moins de désirer un ado-bonzaï, ce n’est pas la chose à faire
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*Commentaire, retouché, publié initialement dans Chroniques blondes / Ado Atomic, 26 avril 2008
Photos: courtoisie de File Magazine
Publié dans Papa-maman






«Ce matin, dans la cour, j’ai remarqué plein de petites dépressions symétriques, grosses comme des cinquante sous, petits entonnoirs s’expurgant vers le centre de la terre, bordés chacun d’une petite lèvre boursoufflée de glaise, figée en son instant par les rayons craquants du printemps.
C’est que la neige a fondu si rapidement que le sol, écrasé tout ce temps de l’hiver, a été surpris les culottes baissées.
Or, le sol n’est pas fou, il a soif. Il sait que les germes attendent leur dû et qu’il lui tarde de nourrir les milles bestioles qu’il a protégé du froid, vaillamment, et qui s’agitent en son sein, comme après un sommeil trop long.
Ainsi va la vie. L’action de grâce n’exploserait pas tant, si les saisons n’étaient pas marquées par le passage du temps sur le sol.»
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Écrit initialement suite au billet “Un jour à la fois” de Josée Blanchette. Comme je trouve qu’il se tient par lui-même, le revoiçi!
* Photo: courtoisie de File Magazine