Publié par : Pommes d'Adam | juillet 15, 2009

Le vrai du faux

Il est de bon ton, sinon entendu, que, depuis les cercles savants, les circuits philosophiques, chez les intellectuels en général, en passant par les érudits, dans la presse sérieuse jusqu’aux médias populaires de soutenir la laïcité de l’État et la séparation des pouvoirs religieux et séculiers.

Peacock attitude / David Baraty

Peacock attitude / David Baraty

S’ensuit alors un argumentaire qui gravite autour de ce que j’appellerais une incroyance pragmatique. La vie en société requerrait que l’on recherche un compromis entre les croyances des différents groupes qui, autrement, auraient tôt fait de s’opposer au nom du fondement religieux de leurs cultures.

D’où ce repli pramatique vers l’incroyance. Certains soutiennent alors le paradoxe délicieux qui consiste à dire que l’on puisse être incroyant tout en soutenant l’aphorisme selon lequel, depuis le désenchantement du monde, la seule vérité possible consiste à nier la possibilité même de son existence. Déconcertant… Je me demande dans quelle esthétique faille-t-il se réfugier pour ainsi pratiquer cette extension radicale de l’incertitude.

Aircraft nose -- Tim Messick

Aircraft nose -- Tim Messick

Mais au fait, cette afirmation, “il n’y a pas de vérité”, est-elle vraie ou fausse? Cela pose la question de connaître les conditions nécessaires pour dire le vrai. Il ne suffit pas de qualifier telle position “d’athée” pour déduire qu’elle est, par là, sans foi. Il ne suffit pas d’avoir détrôné Dieu de la République, chassé Dieu des écoles, pour conclure que l’installation des Droits de l’homme au faîte des vertus civiques n’obéit pas pour autant à la logique de la croyance.

De religieuse, la croyance est devenue philosophique, moins en porte-à-faux avec les avancés de la raison scientifique qui est, comme on s’en doute, le vecteur de la modernité, et le véritable danger pour la religion, bien davantage que ne le sont les communistes, les laïcistes ou les athées. Nous assistons moins à un retour à l’origine qu’à une recomposition séculière de la croyance.

sans titre -- Byron Barrett

sans titre -- Byron Barrett

Voilà pourquoi celui qui soutient que la vérité n’existe pas est-il un croyant qui s’ignore. Car l’authentique croyant, en effet, ne peut reconnaître épistémologiquement la vérité, qu’au prix énorme de voir dissoudre sa propre croyance.

En théorie du moins, car en pratique, le bilan mouvant du vrai et du faux s’établit subjectivement selon les objets de pensée et les individus, nous dirons que le croyant ne connaît pas ce qu’est la vérité. À défaut de la connaître, il nie son existence. Autrement, il devrait reconnaître la fausseté de sa croyance.

D’où les accommodements que font, ou ne font pas, comme dans le fondamentalisme, les croyances avec la modernité scientifique et la rationalisation des sphères de la vie sociale.

Pool--Jen Chapman

Pool--Jen Chapman

 

__________________
Photos: gracieuseté de File Magazine (http://www.filemagazine.com/)


Réponses

  1. Dire “la vérité n’existe pas” est un non-sens, un illogisme.
    Car celui qui le dit suppose que cette affirmation est véridique, et du coup…

    C’est comme dire “tout est relatif”.

    Mais, si tu veux savoir, chez moi, la vérité est relative…

    • Futée Florence! C’est comme dire que tout énoncé, peu importe son objet, son contenu, est subjectif. Il y a là un déni extraordinaire sur le statut d’un énoncé ‘vrai’.

      Chez moi, la vérité est une construction. L’histoire la traverse. Elle s’élabore. Le temps compte.

      Merci de ta visite.


Répondre

Votre réponse :

Catégories