Publié par : Pommes d'Adam | juin 18, 2008

Poil au nez–suite et fin

Trente ans de féminisme plus tard, l’été aidant et l’exposition des corps qui s’ensuit, très peu a changé, vous conviendrez avec moi, au rayon des attributs féminins, spécialement au rayon de l’épilation. Bien avant le traitement de la peau, du maquillage, du chaussage des pied, la féminité passe, extérieurement, par l’éradication de la pilosité jugée excédentaire.

Site Bout-de-papier.eu / Carnets de voyage / Postua

Aux techniques anciennes et largement répandues se sont ajoutées celles du laser, couteuses et radicales. Avec le déchiffrement du génome humain, l’industrie qui réussira à modifier le gêne du poil fera fortune, c’est écrit dans le ciel.

Or, moi, tout à fait accidentellement, j’ai découvert “la” solution de l’épilation. Si, si. Une solution radicale, permanente, nécessitant un seul traitement et surtout, peu couteuse. Le seul hic, c’est un peu risqué, pour ne pas dire plus. Aussi, après en avoir parlé à un médecin, je vous la déconseille sans hésiter. Mais pour le plaisir, je ne peux m’empêcher de vous conter cette histoire tout à fait désopilante.

Dans un billet précédant (Poil au nez), j’avais énuméré les ingrédients de base. Mais le plus important étant l’histoire, la voici!

Mon père avait fait bâtir chalet sur le bord du fleuve. J’avais 15-16 ans à l’époque.

La tâche consistait à imperméabiliser le solage en bloc de maconnerie avec un produit noir et gluant, étendu au pinceau. C’était assez haut, je me rappelle et nous nous trouvions sous le niveau du sol, coincés entre un mur de sable et le mur de blocs.

Nous avions des jeans et un t-shirt quelconque et c’était un job de cochon pour le dire comme c’était. Munis de nos pinceaux nous répandions une substance noire et visqueuse sur la surface. Toute une journée comme ça. Il faisait chaud et les jeans nous collaient sur la peau.

Fatalement nos jeans ont commencé à se salir étant donné l’exiguïté des lieux et notre âge mental. Le fun a pogné entre nous trois. Solide. À un moment donné nous avons commencé à nous peinturer les pantalons à qui mieux mieux… et c’était effectivement très drôle!!! J’en ris encore… 15 ans, quand même… Une sorte de rite incantatoire pour conjurer le mauvais sort, très probablement.

traversée de la rivière à Postua

Le job terminé, nous sommes sortis de notre trou, les jeans complètement collés sur le corps, tout juste bon pour la poubelle.

Mon père ou probablement ma mère m’a dit “d’aller nous laver”. Fort bien. Allons y gaiement.

J’entre dans la roulotte et j’entreprends d’enlever ces “jeans”. C’était impossible!!! J’y suis arrivé, de peine et de misère, en déchirant le tissu.

En-dessous, mes jambes était presque entièrement noires, du haut de la cuisse à la cheville. Nous n’y étions pas allés avec le dos de la cuiller…! C’est pourquoi, la coupe bikini, euh… vaut mieux laisser tomber…

C’était collant. J’ai essayé d’enlever le plus gros avec du savon. Néninne! ça ne partait pas.

C’est là que j’ai eu la “brillante” idée d’utiliser un diluant. J’avais remarqué un bidon d’essence à l’extérieur. Pourquoi ne pas essayer, me suis-je dit? Ben oui, pourquoi pas hein? Si c’est bon pour ma chaîne de vélo, ça doit être bon pour moi aussi. À quinze ans, c’est ainsi que résonne un garçon laissé à lui-même avec un bidon d’essence et un problème insoluble dans l’eau.

Et c’était une excellente idée. En un rien de temps tout le goudron s’était dissout et mes jambes avaient recouvré leur allure habituelle.

Je venais à peine d’être fier de moi que j’ai alors ressenti une brulure assez intense… Ça chauffait en ta..! J’avais peut-être un peu forcé la note???

Sans demander mon reste, j’ai décidé d’aller me rincer dans le fleuve glacé. La marée était montante et j’avais eu tellement chaud que j’y serais aller de toute façon. D’ailleurs, on le savait, contre les moustiques, les coupures de toutes sortes, rien ne valait une bonne baignade dans l’eau salée du fleuve pour désinfecter tout cela. Alors pourquoi pas contre les brulures dues au benzène?

C’est ce que je fis et aussitôt entré dans l’eau, la sensation de brulure disparut.

Sur le coup je n’avais pas remarqué qu’en déchirant mes jeans, tout le poil était venu avec. Rien de bien surprenant, étant donné les circonstances.

Cependant, à la fin de l’été, rien n’avait repoussé. J’étais à la fois inquiet et soucieux de mon image masculine. Tout ce qu’il y avait à la place, c’était de minuscules points noir dans tous les pores de la peau envahie par la substance noire. Six mois plus tard, tout cela avait disparu.

Depuis, aucun poil n’a plus jamais repoussé sur le site. Ni duvet, ni rien. Le folicule avait été complètement détruit. Les hormones aidant, le reste de mon corps s’était heureusement couvert de poil et j’ai fait le deuil de cette pilosité disparue…

Absence de pilosité

Les années ont passé. Je me suis mis à la pratique du vélo. J’ai les marques caractéristiques du cycliste, de sorte que lorsque je suis à la plage, mes jambes passent pour celles d’un cycliste assez maniaque, car on sait que les cyclistes de haut niveau se rasent*, ce qui n’est pas mon cas évidemment.

Cyclistes au rasage

Que s’était-il passé? Je m’en suis ouvert très sérieusement à un ami médecin. Mon ami a émis une hypothèse. Selon lui, le benzène présent dans l’essence a détruit la structure moléculaire du calfeutrant et cela a facilité ensuite l’entrée du goudron jusque dans le follicule, lequel a été détruit. Comme l’exposition au benzène a été de courte durée et que le bain à l’eau salée a “désinfecté” la peau abîmée, les dommages ne se sont pas propagés aux cellules avoisinantes de la peau. Il n’en reste pas moins que le benzène est officiellement un produit cancérigène… D’où le risque commercial de cette “découverte”…

Ça va faire bientôt 40 ans de cela et je n’ai aucune séquelle de cet incident. Comique non? Et mes jambes sont d’une douceur inouïe….


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Pourquoi et comment les cyclistes se rasent-ils les jambes? / Georges Rémy, Cycles Sud: le cyclisme en PACA, http://www.cyclesud.fr/chroniques/rasage.html.

Photo du jeu de jambes, courtoisie de: Bout-de-papier.eu ( http://www.bout-de-papier.eu/blog/postua-_-27-_-3.html )


Réponses

  1. Tantouzes, Pèzouilles

    • “Vous pareillement”


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