Une élève m’apostrophe l’autre jour dans les corridors:
– Monsieur, vous savez qu’il y a seulement vous qui me rendez heureuse ici aujourd’hui!
Dans son sourire, radieux, repose tout de même un fond de résignation. Je m’interroge.
– J’vais aller vous conter ça, tout à l’heure, à la bibliothèque.
Le matin même, j’étais tout fier de lui signaler l’arrivée d’un cd acheté spécialement pour elle. Une commande d’Angleterre. Deux semaines plus tôt, en prévision d’un concours prochain et d’un travail d’envergure, elle s’était désolée de ne rien trouver dans notre collection, ni dans celle du réseau des conservatoires, ni dans la base de données musicales à laquelle nous sommes abonnés. Elle avait bien tenté une recherche dans Google, mais avait dû rebrousser chemin assez tôt, prise de vertige devant l’amoncèlement de résultats non pertinents; un classique…
Laissée à elle-même, ne recevant aucun signal de son professeur, lequel ne transforme en courant d’air aussitôt son cours donné, cette élève se retrouvait dans le vide. J’ai senti ça et je n’ai pas aimé la voir ainsi.
Cette élève joue d’un instrument unique dans un orchestre. C’est une élève avancée et talentueuse. Sérieuse. Le répertoire pour cet instrument seul est restreint. N’étant pas spécialiste et constatant la minceur de notre collection, je me suis fié à elle et j’ai acheté, même si la politique veut que ce soit aux professeurs de recommander les achats.
11h45, elle arrive, se tire une chaise et me dit, comme ça, tout d’un trait.
– C’est drôle Monsieur comme partout ailleurs au conservatoire j’ai des problèmes, sauf ici. Parce qu’ici, il n’y en a jamais de problèmes avec vous. Vous nous écoutez, vous nous aidez, vous nous montrez. Non seulement vous répondez à nos besoins, mais en plus, vous allez au-devant de nos besoins. Ça, je tenais à vous le dire et à vous remercier pour tout ce que vous faites.
Venant de la part d’une ‘grande’ de 22 ans, je dois dire que j’étais très touché.
D’autant plus que ce reflet rejoint tout à fait ma conception de la profession.
Quand les élèves -et les profs- entrent à la bibliothèque, je veux qu’ils sentent l’air circuler entre les idées et les choses. Je veux qu’ils se sentent bien. Je veux qu’ils sachent qu’il y a quelqu’un qui les attend et qui ne demande pas mieux que de les aider.
Le mot bibliothèque contient en lui-même une part d’incertitude. Ceux qui croient tout savoir n’ont que faire de ce qu’ils ignorent et ne connaitront probablement jamais le bonheur de trouver du sens dans l’inconnu. Trouver ce que l’on connait déjà… c’est facile! Pas besoin d’un bibliothécaire pour ça!
Tandis que pour le reste … c’est une autre histoire et c’est ici que j’entre en scène. Non pas que je connaisse tout. Très loin de là! Çe serait plutôt que j’ai appris à chercher et à trouver des sources d’information. Et surtout, à montrer comment s’en servir! Je reviendrai une autre fois sur la formation documentaire.
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Photo courtoisie de:
File Magazine
Publié dans Bibliothécaire, Poids des mots


