Le Ministère de la santé et des services sociaux du Québec a lancé, l’automne 2007, une campagne de sensibilisation pour contrer les préjugés entourant la maladie mentale. Cette campagne vise à dénoncer les préjugés auxquels font face ceux qui sont au prise avec la dépression, l’anxiété, la phobie, les troubles obsessionnels-compulsifs, pour ne nommer que les plus connues. On veut briser la perception selon laquelle ces individus ne seraient, au fond, que des lâches, des faibles ou des paresseux. Cette intention est louable car quiconque a connu la dépression, par exemple, sait à quel point ces reproches ne font qu’empirer les choses et accentuer la détresse. La honte n’a jamais fait déplacer les montagnes…
Je n’ai pas entendu comment la campagne était menée à la radio. J’ai vu par contre à la télé une des capsules, celle d’un patient alité, couvert d’ecchymoses et de bandages qui semble se tordre de douleur. Il reçoit la visite de son entourage, collègue, parent, ami, qui tous lui adressent des reproches plus ou moins subtils sur sa mise à l’écart de la vie sociale et affective: en somme, comme si c’était de sa faute. Le message continue et une voix dit à peu près ceci: Si j’avais l’air de ça, vous ne vous questionnerez pas sur mon état et vous m’aideriez au lieu de m’accabler comme vous le faites.
En mettant en scène les préjugés qui circulent largement dans notre société, le Ministère souhaite ensuite que les malades n’attendent pas trop avant de demander de l’aide et qu’ils n’hésitent pas à consulter.
En fait, je crois qu’une des raisons qui rend cette maladie si difficile à percevoir, en tant que maladie, c’est la lenteur inouïe avec laquelle elle se développe. La campagne joue sur la perception de la maladie: un accident de la route est tout sauf un état insidieux; il s’impose, il est là, il faut agir. Tandis que la dépression, elle, s’installe, sauf exception, doucement, sans qu’on ne s’en aperçoive. Même les gens qui en sont atteints ne la voient pas venir. Ils résistent, ils luttent, souvent pendant des années, se débattent comme ils peuvent et on voit ce que ça donne… au chapitre des morts suspectes, de l’absentéisme, de la toxicomanie et du suicide.
Un ami médecin m’avait donné un jour la métaphore du réservoir d’eau retenu par le barrage. Pour lui, cela aidait à comprendre ce qui se passe dans le cerveau quand, au plan moléculaire, la maladie empêche la circulation des émotions associées au bien-être.
Soit un barrage. On construit et on dérive les eaux. Quand tout est fin prêt, on dirige l’eau vers le barrage. On sait que la montée en eau d’un barrage peut prendre des années. Imperceptiblement, le niveau monte, monte. Tout ce temps, les pluies, la sécherresse sont des facteurs qu’il faut tenir en compte. À la fin cependant, le barrage est mis en fonction et on peut diriger cette eau précieuse vers les turbines. Or, pour éviter de mettre à sec le précieux réservoir, il faut doser le débit en fonction des apports naturels, sans quoi on risque de devoir arrêter la production d’électricité.
J’aime cette image. Et elle illustre assez bien ce qui arrive quand la maladie dissipe le réservoir naturel qui alimente et maintient la santé mentale.
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Pub crawl / Alan Fangor — FILE Magazine
Publié dans Santé mentale



