La première neige me fait retomber immanquablement au pays suspendu de l’enfance, ce temps béni du présent indéfini dans lequel tous mes souvenirs s’illuminent. Lorsque je retrouve une trace de cette première enfance dans le temps présent, je suis envahi d’une joie immense. C’est plus fort que moi!
Cette année l’hiver a été généreux. Il a commencé net et franc, précédé d’une vague de froid sec et venteux, et bientôt tout a été recouvert d’une neige abondante et duveteuse. Une semaine plus tard, ce fut au tour d’une autre bonne chute de neige, impériale cette fois. On reconnaissait facilement ceux pour qui l’hiver était une bénédiction et ceux qui le maudiraient de toute façon. Les uns avaient le sourire fendu jusqu’aux oreilles, les autres grimaçaient.
Là où je travaille une vaste étendue s’étend devant le bâtiment historique et est bordée, au sud, par un mur de pierre. De vieux pins pointent très haut dans le ciel et ajoutent un peu de majesté au site. Ce matin-là, il y avait une mer étale figée dans la neige que faisait scintiller le soleil du matin. Une beauté imprescriptible.
La blancheur immaculée s’arrêtait au bord de la ruelle de service qui mène à l’entrée principale. J’ai enjambé le premier monticule et j’ai marché dans la neige fraîche tout en espaçant également chaque pas. J’ai commencé par la pointe inférieure et j’ai bifurqué par la droite. Puis, j’ai commencé à virer, tout en rondeur, vers la gauche, en effectuant un virage à 270 degrés. Une très grosse virgule de 10 mètres! De cette pointe, j’ai fait un buvard de cette virgule, comme une page en ‘regard’, mais vers la gauche cette fois-ci. Vous me suivez? De sorte que, logiquement, une fois complétée, cette deuxième virgule, collée à la première, j’arrive à mon point de départ. C’est-à-dire, en bas d’un “coeur” gigantesque de 10 mètres.
Ça vous décroche un sourire ça, mesdames et messieurs! Garanti!
Publié dans Marie la vie