Publié par : Pommes d'Adam | octobre 21, 2007

La refondation permanente de l’amour

Je me rappelle d’un film. Un film américain dont j’oublie le titre évidemment. Faudrait mettre Chroniques blondes là-dessus, justement!

Nick Nolte C’était un film un peu fleur bleue, l’histoire d’un homme marié, riche et beau, avec en vedette une belle gueule d’homme comme on les aime, yeux bleue, mâchoire carrée, riche, élégant, raffiné. Il est en voyage d’affaire, dans un colloque, ailleurs en tout cas, hors du domicile conjugal. Sa femme, aussi belle que lui. Carrière et tout. Volontaire, affirmée, assumée. Jeune quarantaine tous les deux.

Dans leurs tourbillons respectifs, ils se sont égarés, perdus de vue. Il y a un manque quelque part, un désir en cale sèche.

Monsieur donc, ah oui! ça me revient, c’est un prof d’université (je crois). Il enseigne. Il professe devant des classes de jeunes personnes attentives et allumées. Au hasard de je ne sais pas quoi, il rencontre une autre femme, universitaire comme lui; pas nécessairement plus jeune que lui… pour une fois. Genre collègue, assistante de recherche, prof en résidence, sommité quelconque. L’idée étant le transitoire, l’inédit, le non prévu. Beaucoup de charme à la clé.

Le Prince des maréesLe bateau en rade, à son contact, retrouve le sens de la marée et se réapproprie le sens de sa propre parole. Si! marée! voilà j’ai trouvé, le titre c’est “Le Prince des marées“!–l’inconscient c’est fort!

[Je viens de vérifier dans le web. Je suis complètement dans le champ avec mon synopsis!!! Le gars, Nick Nolte, n'est pas du tout professeur mais entraineur de football!!! ah seigneur... maudite mémoire. Et il a effectivement une belle gueule carrée, ça je l'ai!!!]

Rectifions le scénario–ça me revient de plus en plus. Pour faire une histoire courte : Il tombe en amour avec sa thérapeute. Et c’est réciproque, même si pour elle il s’agit d’un manquement professionnel. Mais d’une façon, si ma mémoire est juste, je dirais assez douce. J’ai aimé cette “défaillance” si l’on peut dire, même si on la voit venir d’assez loin. De son point de vue, disons qu’elle se met en état de risque tout en sachant que cette relation est vouée à se terminer un jour ou l’autre, car elle voit bien que le navire peut reprendre l’eau n’importe quand, ce qu’elle s’emploie à faire, d’une certaine façon, sans cynisme ni amertume. Le film nous montre bien ces aller retour entre la conscience professionnelle et les élans du coeur d’une femme capable d’aimer pour vrai.

Mais ce dont je me rappelle très précisément, et là j’espère que je ne me trompe pas de film… c’est d’une réplique. Une seule.

Plumes de bernache

Confronté à un choix, que cette échappée belle signifiait implicitement, que sa femme connaissait et dont elle éprouvait douleureusement la signification, initialement comme une trahison, mais graduellement comme un seuil à franchir, une refondation à redire en actes d’amour actualisés et non seulement ressassés, l’homme avait eu cette réflexion, remarquable je pense.

Sans nier l’amour actuel qu’il éprouvait véritablement, l’eusse-t-il pu que c’aurait été une imposture existentielle totale, par-devers lui premièrement et donc, par là, potentiellement dangereuse au vu de l’effort réflexif et thérapeutique qu’il venait d’entreprendre, il a senti qu’il ‘devait’ redonner vie à son couple primordial. Pas ‘devoir’ au sens convenu. Comme s’il s’agissait d’une nécessité intérieure. Surtout qu’il venait de réapproprier son monde intérieur. La thérapeute, redevenue thérapeute, même en dehors du cabinet, l’avait amené vers cette conclusion. La réplique alors? Voici (de mémoire).

Smoking pipe / KaaremaaIl lui dit à peu près ceci : “Suzan, je vais retourner vivre à New-York, avec ma femme. Ici, c’est magnifique, mais mon histoire, ma vie ne sont pas ici; ce n’est pas que je ne t’aime pas, bien au contraire. Mais chez moi, il y a quelqu’un que j’aime depuis plus longtemps encore.”

Le rapport au temps justement. Il y a plusieurs rapports à l’amour qui veut se continuer dans un couple. Le temps est certainement l’un des plus importants. Le temps, l’histoire partagée, la durée, l’empreinte du temps, toutes choses enfin qui jalonnent un imaginaire amoureux actif.

Loin d’être un fleuve tranquille, le temps ne peut pas s’écouler sur l’amour, comme si de rien n’était. Et vogue vogue le petit navire. Non, c’est pas comme ça que ça marche!

Comme si l’eau ne pouvait pas, aussi, à la fois, effriter ou polir, selon la dureté de la matière brute. Les personnes changent, la vie nous change, tout le temps. Les aspirations, les intérêts, les désirs, tout cela est soumis à des adaptations continuelles qu’il faut verser ensuite dans la marmite commune.

Voilà pourquoi, à défaut de refonder continuellement le couple amoureux dans l’histoire indéfinie, il risque de se briser, comme un rivage ravagé par les tempêtes tropicales ou la fragile coquille de noix ballotée par les vents. Il court également la chance d’avancer, de se projeter, toujours plus loin, en avant. L’intérêt étant moins la destination que d’y aller à deux. Interdépendants, complices, amis, amants.

Je crois à l’amour romantique, celui des sentiments.

Seagull / Anonymous


Réponses

  1. He câline, grosses questions… Des fois oui, l’amour depuis plus longtemps… des fois, faut savoir quitter comme dirait Blaise Cendrars… “si tu aimes il faut partir”.

    Le tout étant de regarder la solution de lâcheté … et de faire le contraire!

  2. Oui, la maison fait dans le léger ces temps-ci.
    Le contraire de la lâcheté dites-vous, mais cela demande du courage, car il s’agit de la dignité, de la générosité et de loyauté.

  3. Première visite en la demeure. Et je tombe sur ce texte. Dense. Sur ce film qui a laissé une forte impression sur toi et que tu nous transmets bien mais surtout sur cette réflexion qui porte sur l’évolution en paralèlle et en complicité avec ce “significant other”.

    Première visite, donc. Mais certes pas la dernière.

    Savoir quitter. Ce parcours qui, au fond, nous ramène à soi. Et qui parle, en effet, de dignité. De reprise de contact. Dans le contexte de ce film, il y est aussi question d’attachement (cette valse à deux qui, en effet, se construit au fil du temps) et de connection (cette attirance qui nous mène vers l’autre).

  4. Bienvenue ici Zab! et merci du beau commentaire.
    Faudrait que je revois ce film, car j’ai eu un flash.
    L’attachement amoureux, oui, tout est là. Savoir rester aussi, savoir continuer surtout.

  5. Internet a-t-il un inconscient? Je relis, ce soir, un texte sur mon blog, vieux de plusieurs mois, qui parlait des traces du temps. Je tombe sur un commentaire de vous,( le seul je crois) qui me donne envie de revenir chez vous. Je tombe sur ce texte.
    Touchée.
    Chez moi, il est tard, j’emporte cette émotion sur mon oreiller. Celui qui le partage n’en sera pas volé.
    Ricochet.

  6. Merci Anita! beau ricochet!
    J’ai oublié où j’ai laissé ce commentaire. En y retournant, de mon côté, je me suis souvenu à quel point j’avais aimé votre blogue. Les photos, la mer, le propos. Vraiment bien.


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