Je reviens des Ilets-Jérémie où j’ai passé une semaine, dans un petit chalet prêté par un ami.
Petit chalet, juché sur le bord de la grève, protégé des emportements de la mer par un mur de pierres, tellement proche que la marée montante nous berce et nous porte jusque dans le sommeil, vers le monde des esprits.
Dans la rade en face de nous, quelques ilets rocheux sont envahis par des familles de loups-marins qui passent ainsi leur journée à se prélasser au soleil. De loin, on dirait que les ilets bougent; la chair des mammifères épousant la teinte des roches, on croirait à un distorsion optique de la marée montante. Mais non! aucune roche ne respire ici, ni ne s’enfle d’orgueil!
On dit aussi les Ilets-de-Jérémie, situé 60 km avant Baie-Comeau, cet ancien poste de traite, établi par les français dès 1650, les jésuites y ont ensuite fait construire une chapelle dès 1735. Reconstruite trois fois depuis, toujours selon les plans originaux, on y retrouve encore l’autel original et plusieurs pièces anciennes, dont des tableaux imagés servant à l’évangélisation des “sauvages”, comme il est écrit en titre.
Devenu lieu de pèlerinage, les innus y convergent en grand nombre, chaque année autour du 17 juillet, pour exprimer leur dévotion à Sainte-Anne, mère de Marie. Un cimetière montagnais est adossé à la chapelle. En contrebas, une pinède abrite les cabanes où logent les indiens.
Cette pinède m’a fasciné. J’ai eu l’impression que des pas indiens avaient foulé ce sous-bois depuis des centaines d’années. En effet, des sentiers fortement tapés parcourent le site et tous les coins propices sont occupés par des habitations désertées, mais dont on m’a dit être occupées le temps du pèlerinage seulement. La fardoche ne réussit pas à envahir les lieux. On dirait un site archéologique, un hameau déserté de ses habitants.
J’ai pris quelques photos. Quand je saurai comment les intégrer à ce carnet, j’y reviendrai.
Publié dans Anthropologie, Individu et société