Posted by: Pommes d'Adam | juillet 1, 2007

Raie d’Amérique

J’attendais que ma voiture soit prête. Dans la salle d’attente, super propre, je lisais une revue de vélo.

Au comptoir, la réceptionniste, je l’avais vue sans l’avoir regardée, une forme féminine se promène, tout de noir vêtue.

Jeune vingtaine, yeux rentrés et fuyants, joues marquées d’anciennes cicatrices, longs cheveux noir lisse, petit toupet, craque de sein, personnalité à l’avenant, pantalons moulants, hanches découpées. C’est fou tout ce qu’on peut enregistrer en 5 secondes… Voilà ce qui arrive quand on a passé des années en chambre noire, à traquer la lumière des autres, à regarder pour vrai: on découpe les plans, on voit l’ombre, le creux, le plein.

Quand elle m’avait adressé la parole, ça c’était embrumé un peu, un timbre de voix désagréable, traînant, nasillard, un français machouillé, des mots lancés à la va comme je te pousse. On aurait dit, en plus, qu’on avait tué le cochon ensemble. Très mauvais avec moi ça… Question de repères. Le cinéma muet avait ses avantages.

Laitue friséeD’un autre côté, j’aime mon prochain et je n’aime pas avoir des impressions aussi fortes en si peu de temps, surtout avec les gens dont on ne peut éviter la compagnie, dans les commerces ou les restaurants. Si les gens se contentaient d’être simplement corrects aussi, ça irait mieux sur les étals; on en déballerait moins.

Ça doit être le propre des êtres humains de se faire une idée transitoire avant le jugement dernier. C’est ça qui m’énerve dans la vie, cette délibération permanente dans le cerveau.

Femme solariséeJe retourne à ma lecture. De là où j’étais assis, elle était légèrement à contre-jour. Je lève les yeux, distraitement quand, c’est inouï, j’ai l’impression de la voir toute nue…

Voyons mon Denis!!! par déjà ton retour d’âge!!! Je me secoue presque la tête. Je relève les yeux et… de dos, son pantalon est tellement moulant que, ma fois, on dirait qu’on lui a peinturé les fesses tellement elles m’apparaissent bien séparées, comme au paradis à la boulangerie. Vision? hallucination? Sais pas. Je me demande surtout comment un pantalon peut-il entrer si profondément entre deux fesses?

Pourquoi je ne suis pas foutu de ne rien remarquer, comme tout le monde? C’est fatiguant à la fin… Donc, j’enregistre le fait tout en continuant d’observer la scène d’un oeil anthropologique. Si, si, je le jure.

La réceptionniste moulée s’affaire drôlement: la cafetière, le refill des batonnets, les sachets de sucre, en échappe, s’accroupit, les ramasse, se tourne, remue les formulaires, tralalère. Un vrai pas de deux. Je fais de mon mieux pour demeurer anthropologique. Je fais semblant de lire. La science avant tout.

Raie / Christophe Naslain 2002De côté, on voit très bien le pli fessier se dessiner, sans démarquation aucune. Un pli net, un pli qui se tient. Je laisse aller tout jugement. J’associe.

C’est quoi le truc? La première image qui me vient: le J-string. OK! c’est là que je comprends! enfin! le pourquoi du quoi des J-strings… C’est pour mieux découper la fesse, lui donner ce rendu, cette courbe si familière, si “naturelle”. Pourquoi au juste? je veux dire, à ce point là? Vraiment?

Hmmm. Si vous saviez, mesdames, de quoi vous avez l’air en vous peinturant de la sorte…, vous y penseriez deux fois. Car ce qu’on gagne en vérité, on le perd en imagination…

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