De sa mère, elle a hérité d’un long nez droit et pointu, lequel, lorsqu’elle s’échauffe les sangs, lui donne ce petit air d’impertinence tout à fait craquant.
Solidement encadré par de grands yeux magnifiques, grouillant de sensibilité, remplis d’émotions fortes, connectés sur un cerveau avide et curieux de tout, brun noisette les yeux, chapeautés par des sourcils fournis, épais, longs, laissés à l’aventure, son visage porte donc une signature qui la démarque facilement.
Un beau mélange. Un peu plus, on la croirait d’origine tunisienne ou maghrébine, ce qu’on lui demande parfois. Le nez et sa peau, encore une fois, ce grain de miel qui la satine d’ombres subtiles. Avec ça, une peau grasse, de mammifère marin, qui ne marque pas facilement et qui tolère bien le soleil, le sel et les attaques de moustiques.

Ça m’a été rapporté par plusieurs moniteurs de camp d’été. C’est probablement une vue de l’esprit, je le concède; l’image est belle par contre. Bref, on a observé qu’après son passage, les sentiers fleurissaient sous ses pas; du lichen de mousse surgissaient de petites fleurs roses. De sorte que, si on la perdait dans le bois, il s’agissait de suivre la trace des fleurs pour la retrouver. Phénomène singulier non? Oui, oui, je sais, vous allez dire…
On dirait que Certaines personnes ont un don de beauté. La nature, la grâce, les bienfaits convergent vers eux comme des compagnons d’éternité. Je me suis souvent demandé comment la beauté du monde pouvait-elle élire domicile dans un seul être, dérisoire par définition, avec autant d’exactitude de boussoles.
Pourtant, elle n’a rien de particulier, rien qui s’apparente aux orages magnétiques ou autres phénomènes envoutants, terrain de prédilection des poupounes.
N’empêche. L’eau ruisselle vers elle, le feu la lèche sans la brûler, la neige l’enveloppe d’un manteau qui fait le printemps. De sorte qu’elle ne fait rien d’autre qu’exister du mieux possible, le plus exactement présente à soi et aux autres. Elle rayonne.
Je lui ai dit une fois qu’elle était une femme de rêve. Elle m’avait répondu qu’elle commençait à y croire. Que pour les gars, l’aborder, la regarder pour vrai, pourrait représenter un défi particulier. À moins d’être directement et parfaitement accordé au diaposon de son être, cela risquerait soit, de tomber à plat, soit de l’ennuyer souverainement.
De toute façon elle n’est pas là. Elle est au centre. Dans le noyau dur de la vie et du mouvement. Autodéterminée.
Je ne sais pas si tous les pères ont la chance d’avoir une fille comme celle que j’ai. Si c’est le cas, je leur dit: N’hésitez pas un seul instant, admirez-la, composez-lui des poèmes, rassurez-la une fois pour toute sur sa féminité, qu’elle n’en doute plus jamais.
Qu’aucun chat de ruelle ne l’approche ni ne la prenne pour du cash. Qu’elle soit consciente de sa valeur.
12 Commentaires
C’est vraiment beau !! Elle est chanceuse d’avoir un papa comme toi !!
Hmmm. Chanceuse? elle a un père en tout cas.
J’ai toujours crû que c’était aux parents à aimer leurs enfants, d’abord. C’est dans l’ordre naturel des choses.
Merci de votre commentaire
Un aussi beau texte ne peut qu’émouvoir.
Il faut le garder dans un coffre aux trésors et le sortir les mauvais jours : ceux où elle doutera d’elle, ceux où elle doutera de vous, ceux où elle doutera des hommes, de l’amour et de la vie…
Bienvenue ici Hélène M.
Vous avez raison pour les mauvais jours. Il vaut mieux se garder des réserves.
C’est un très beau texte qui, jusqu’à l’avant-dernier paragraphe, décrit parfaitement… ma mère (décédé en janvier à 87 ans).
Je suis très émue.
Merci!
J.B.
Merci pour ce magnifique ode à votre fille. Je suis touchée. Je suis chanceuse, mon papa à moi aurait pu écrire un texte comme le vôtre, d’autant plus qu’il est poète, tout comme vous.
Juste je veux m’adresser à votre coeur de père aimant et amoureux… n’oubliez pas qu’un jour, vous devrez marcher aux côtés de votre fille, le long d’une allée (une allée bordée d’arbres ou une allée d’église, c’est selon) puis donner sa main à un autre homme. Un homme à qui vous aurez accordé votre confiance. Il faudra croire qu’il saura prendre soin d’elle et l’aimer comme elle le mérite. Ce ne sera pas facile, mais l’amour pourra vous donner la force de le faire.
Prenez soin de vous!
Merci à vous Geneviève… et du conseil aussi.
Son homme, c’est sûr, sera quelqu’un de bien.
Bienvenue JinnyBee et gros merci… pour votre commentaire émouvant.
Je vous souhaite un beau et grand deuil, en mémoire d’une femme formidable. La traversée des souvenirs est douleureuse, ça ne peut pas faire autrement… ce n’est qu’après qu’on voit l’oeuvre d’art que cette empreinte a laissée. Je vous le souhaite.
Merci.
Je ne l’avais encore jamais lu…
Merci.
La dompteuse elle-même! ma fois, c’est de la belle visite ça! Bienvenue ici et sentez-vous bien à l’aise.
Surtout que vous êtes à même de constater que ce que j’écris sur son compte, je le pense depuis longtemps, d’aussi loin que je me souvienne.
Merci de votre visite
(quel professionnalisme, M. Thibault!)
J’aime surtout que ce soit exempt de complaisance. Je le sais.
(En fait, je l’avais lu le mois passé, mais j’étais encore trop ébranlée pour réagir…d’une quelconque façon. Vous comprendrez bien!)
Mission accomplie: ça donne le goût en mausus d’avoir des enfants!
Très chère floconneuse!
Vous voici rassurée.
La complaisance? pas dans les habitudes de la maison. On n’instille pas l’ambition, le dépassement, le tassement des limites chez un enfant en l’inondant de flagorneries (un ‘n’?).
Tant mieux pour le goût d’enfanter! M’en direz des nouvelles. Vous allez faire une très bonne mère, j’en suis convaincu, surtout en continuant d’être la belle femme que vous ne cessez de devenir.
Ce matin, la neige répercute la lumière cristalline qui entoure la terre. Mille feux formidables fusent dans toutes les directions, trop pour l’oeil qui sait voir. De toute beauté.