Posted by: Pommes d'Adam | mai 24, 2007

Premier frisson

 

«La première fois que j’ai découvert qu’on pouvait avoir du désir pour un gars sans vouloir sortir avec: Angie” des Stones.
–Moi, c’était Linda et «Oh my love» de John Lennon. Il y avait ses cheveux frisés qui me chatouillaient dans le nez.
–Denis… !!! J’ai lu “cochon”.
–Chro! Pas “cochon” du tout. Hyper romantique, bien au contraire. Du bout des doigts, tout en retenue. La musique avant tout, une enveloppe sonore, des odeurs nouvelles, le chatouilli dans mon nez, j’en ai parlé, une jeune fille en papier riz de 13 ans. Elle était venue me chercher. Un trésor inca. Un souvenir intact.
–Denis, alors rendons ses lettres de noblesse au mot “cochon” et rendons le romantique au cube! Un “trésor Inca” ouuuuh…. c’est beau ça.»

Texte et commentaires, parus d’abord dans Chroniques blondes, 1er mai 2007.

* * *

Linda, c’est la première fille avec qui «j’ai sorti». En fait, j’en fus informé, par ses amies, après le fait, car je n’en savais rien. J’étais plutôt content de l’apprendre, pour tout dire, car cela me permettait enfin de comrendre tous ces regards qui se posaient désormais sur moi. Qu’est-ce qu’elles avaient, à me suivre partout? avais-je oublié mon cartable dans le lab de chimie? mes “running” au gymnase?

Plus tard, j’ai fini par comprendre que j’avais commencé à sortir avec Linda du moment que, elle, avait choisi de se blottir contre mon épaule pucelle, et faire une sieste aussi interminable que significative, blottis que nous étions, transis, sur la banquette d’un gros autobus scolaire jaune, en plein mois de février, entre Québec et Hauterive, revenant d’une sortie épuisante au Carnaval de Québec, organisée par la section locale des scouts de la dite localité. Comme quoi, il y a des pactes qui se signent même dans l’immobilité la plus totale.

Donc, j’étais puceau et je l’ai été très longtemps du reste. Mais là, je l’étais en plus dans ma tête, naïf et sans malice; la pire des pucelleries.

Flashback jaune. Ma tête devenait de plus en plus pesante. Je venais de découvrir le confort de la détente musculaire et la moiteur, toute compromettante qui s’ensuivait. De Québec à Saint-Anne-de-Beaupré, j’étais aussi détendu qu’un piquet de clôture. Au garde à vous. De son côté, elle semblait terriblement fatiguée et les cahots de la route la faisait rebondir de sorte que sa tête venait se fracasser sur mes pomettes. Et il y avait ses petits cheveux frisés qui me chatouillaient le nez. J’ai fini par me trouver une position confortable, bien que paradoxale. Je me voyais avec cette inconnue, envahi dans ma bulle. Je m’amusais du contraste entre le chaud à gauche et le froid radiant à droite.

Rendu à La-Malbaie, l’autobus a fait une halte, tel que prévu à l’horaire. Secoué par la cloche, j’allais, enfin, pouvoir me libérer de cette emprise aussi fâcheuse que délibérée. Elle se leva la première et sans un mot, je fis ce que tout le monde aurait fait en pareille délibération, c’est-à-dire, n’importe quoi, sauf rester là et subir les questions indiscrètes de l’autobus entier.

Donc, revenus de l’escale, savoureuse hésitation, je note qu’elle se prépare, non sans m’en avoir informé, du regard ou du geste, à reprendre le même port d’attache, tout en silence et en délicatesse, sans mot dire qu’ eut pu dissoudre le philtre d’amour que sa tête déposée, contre mon épaule dépucelée, avait scellé dans cette promesse incertaine, en même temps qu’intégrale. Il venait de se passer quelque chose.

Intégralité, voilà le mot que je cherchais. Car c’est toujours un peu tout notre être qui se met en joue lorsque, maintenant, comme à l’origine de la nuit des temps, une main étrangère, confiante et audacieuse, tremblante et haletante, cherche à se lier de connivence, avec la part confiante de notre amour des autres, que rien, ni tristesse, ni ennui, n’a pu réduire au silence.

De La-Malbaie à Hauterive, le trajet était sinueux, éprouvant, long en noirceurs de toutes sortes. Pourtant, je me suis conduit, nous nous sommes conduit, comme si le jour n’avait jamais cessé d’exister, refusant d’avance tous les ténèbres. De sorte que nos corps inexpérimentés se sont mutuellement fondus de torpeurs consenties, et qu’une fois l’autobus jaune arrivé en ville, nous nous sommes redressés, contents, rassurés presque, d’avoir laissé l’horizon ouvert devant nous.

Pourtant, à un moment donné, elle avait relevé la main et enserré mon bras de ses doigts délicats. D’un trait de miel, j’avais couvert la pâte filo. Le pacte sacré était scellé dans cette confiance réciproque que nous étions seuls à connaître.

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