Publié par : Pommes d'Adam | mars 25, 2007

Féminité

En écho aux commentaires entourant le billet de Josée Blanchette «Pitoune ou sexy?», rédigé le 8 mars 2007, journée internationale des femmes, me vient une réflexion sur la définition de la «féminité».

Josée B. écrit: «J’assume mon féminisme (ma liberté doublée de droits fondamentaux) et ma féminité (ma liberté doublée d’hormones fondamentales). Si ça rime avec sexy certains soirs, tant mieux.» Voyez comment il ne tombe pas immédiatement sous le sens, même pour les femmes qui ont assumé «leur» féminisme, de se dire féminine et sexy. On pourrait presque lire : malgré tout, en point d’orgue.

En fait ce que nous disent plusieurs femmes de 30 à 50 ans, sur cette conjugaison que d’aucuns trouveraient improbable, c’est «arrangez-vous avec la sémantique, nous on est ailleurs, en avant». Ces femmes-là ne doutent pas de leur féminité; elles savent qu’elles sont des femmes; elles acceptent d’être des femmes également; elles ne nient pas le bien-fondé d’être désirées. Pourtant le contenu de la féminité, lui, est comme en chicane avec les expressions traditionnelles de cet état de fait. Probablement que, comme la constitution, définir la féminité, dans ce contexte, c’est forcément la restreindre et qu’il est mieux de laisser les portes ouvertes que de poser des balises. Essayons pour voir.

Une pensée m’amuse dès le départ. À savoir que la notion de féminité est plus facile à cerner dans les cultures machistes ou patriarcales. Dans les sociétés traditionnelles, la question ne se pose pas en fait. Les attributs de la féminité sont évidents, le discours sur eux circule amplement, il va de soi et on ne le questionne pas. En fait, les sociétés fermées ont en commun une définition claire sur ce que doivent être les femmes, sur ce qu’on attend d’elles dans la vie, sur les représentations qui les entourent. Le message sous-jacent étant qu’il ne faut pas remettre en question l’organisation des rapports sociaux de sexe.

Faisons image. Imaginons une blanche, seule, circulant dans une cité ancienne, Le Caire disons, par 30°C, habillée comme elle le serait sur la St-Denis lorsque les terrasses ouvrent et que le soleil dessèchent les trottoirs. Hein? Ça serait l’émeute ou presque. Inutile de s’étendre plus longtemps sur ces évidences culturelles qui, pour évidentes qu’elles soient, ne sont pas si faciles que ça à analyser pour ce qu’elles signifient vraiment, surtout vues de l’extérieur.

Dans nos sociétés, le brassage des représentations liées à la féminité a fait son oeuvre et laissé, comme le reflux des marées, des traces sur les rives mouvantes des identités de sexe. Car, il faut bien l’admettre, il y a des strates de la société qui ont bougé plus que d’autres. Il n’y a qu’à se rabattre sur des typologies simples pour affiner notre compréhension. Les oppositions: ville / campagne, uniformité religieuse / mixité religieuse, génération, conservatisme / libéralisme, scolarisé / peu scolarisé, sont autant de repères par où la ligne de crête de la féminité peut varier. Je ne déclinerai pas ici ces oppositions, ce serait trop long et j’en serais probablement incapable; je voulais simplement signaler ce que je sens comme étant pertinent dans une discussion de ce genre.

Mais disons qu’on a fait ce détour analytique et qu’on réussit à bien mêler l’histoire et la sociologie à la biologie et aux conditionnements de toutes sortes, que reste-t-il de simple à dire?

De De Beauvoir, il me revient toujours l’aphorisme célèbre que l’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient. Ainsi, la femme, tout comme l’homme, est une construction sociale. C’est par l’échange, les transactions sociales, de la garderie à l’université, et par le langage que se fait le plus gros de l’ouvrage. Certes sur un donné, un canevas de base, traversé par les hormones et des besoins inconscients qui nous font, tous et toutes, de la même race. Sur la prégnance de l’inné sur l’acquis je vais revenir une autre fois. Par sensibilité et formation j’ai toujours pensé que l’acquis comptait pour davantage dans cet équilibre mouvant. Mais bon, je suis ouvert!

La féminité existe-t-elle finalement? Bien sûr qu’elle existe! Ce n’est pas parce qu’on est incapable de la définir, sans reste dirait-on, qu’elle n’est pas pour autant incontestable. Heureusement d’ailleurs qu’elle existe! d’un point de vue hétérosexuel d’homme. Et comment! Ce qui change au fond ce sont les formes qu’elle prend. En effet, ce qui était considéré «féminin» dans les années ‘30, après la guerre et à partir des années ‘60, au Québec, pour parler de ce que je connais, a beaucoup varié.

Maintenant, un autre évènement culturel est venu brasser les typologies et les interprétations. Ce sont, bien sûr, les valeurs issues du féminisme, valeurs qui se sont traduites dans les mœurs, les mentalités, ont migrés dans des comportements, les idéaux aussi, de telle sorte que plusieurs, même parmi les principales concernées, mais surtout de la part de leurs frères en humanité, si c’est joli!, ont de la difficulté à dessiner les repères «sûrs» de la féminité. Il n’est pas évident de dire que ceci ou cela est féminin ou ne l’est pas. Pour se rassurer ou je ne sais pas quoi, on coupe court la discussion et on dessine à gros traits en stipulant que la féminité se trouve définitivement et très certainement, du côté de l’hypersexualisation des corps plastifiés de la demande. Oui, on comprend que la sexualité paroxystique interfère avec la féminité, à un moment donné. Je pense toutefois que la féminité dépasse largement ce phénomène marchand et forcément réducteur. J’allais dire pire, mais zenfin…

De sorte, je dirais, que la féminité se définie essentiellement dans un rapport à l’autre, un rapport marqué par le désir. Le désir de plaire. La féminité ce serait l’incarnation typiquement féminine de la libido, entendue au sens large. Comme le désir du reste. Sans autre, pas de féminité. Il y aurait encore à redire. Nous en resterons là pour l’instant.


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