Publié par : Pommes d'Adam | octobre 14, 2009

Nelly

Sujet pensant ou objet désirable. Entre les deux, des années de lavage de cerveau, d’effigies et de démissions organisées. Soit être aspirée, soit sortir de la centrifugeuse. Voici le dilemme de l’individuation des femmes lorsque la liberté entre en collison avec le binaire vierge / putain.

Comment penser le féminin dans une société capitaliste qui a permis, philosophiquement et financièrement, l’arrivée de l’individu émergeant au-dessus de la masse. Comment se détacher de la masse tout en continuant d’appartenir au groupe? Tant que c’était des hommes uniquement qui s’en prévalaient, et que les formes primitives de la communauté n’étaient pas menacées, dans leur symbolique profonde, ça pouvait passer. La société pouvait continuer de se ‘reproduire’, symboliquement et matériellement: le taux de fécondité étant un baromètre objectif et pondérable, à défaut de pouvoir l’expliquer complètement…

Maintenant, dès lors que les ‘femmes’ aspirèrent aux mêmes libertés que les hommes, la société s’est contractée et le relais symbolique de la reproduction a roulé par terre. Le système a été obligé de se redéployer dans un autre univers sémantique. Certaines et certains le reprennnent au rebond et le font avancer. C’est dans cette course à obstacles que se joue désormais la redéfinition des rôles sociaux et le choix du parcours identitaire de chaque individu.

Oui Nelly Arcand souffrait d’une maladie mentale. Mais ça n’explique pas tout de simplement constater l’évidence. La maladie peut être vue comme la conséquence d’un état débilitant, d’une situation de fait aliénante; bref, voir la maladie qui découle plutôt que celle qui cause. Du reste, cette maladie n’a été psychotique qu’un cours instant; un être aussi talentueux ne réalise pas autant et surtout ne se donne pas la mort de gaité de coeur. Le reste du temps, cette maladie s’est agie comme révélateur d’une problématique sociale et personnelle. C’est-à-dire que le parcours de Nelly Arcand a coloré ‘personnellement’, de son trait unique, un état de fait social pathogène, généralisé et potentiellement destructeur qu’elle a tenté de sublimé dans l’art… dans le temps même qu’elle conjurait le monstre qui la grugeait et contre lequel elle a cessé de résister, épuisée, traquée. C’est mon hypothèse.

Que son souvenir nous inspire.

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Version remaniée d’un commentaire publié initialement chez Joblo, suite à son «Nelly pour toujours», 25 septembre 2009.

Publié par : Pommes d'Adam | octobre 8, 2009

S’esbaudir pour si peu

En marge du débat sur la simplification de l’orthographe, quel plaisir il y a de fréquenter le français d’il y a 300 ans!

Je suis tombé l’autre jour sur cet “avertissement” rédigé par l’auteur, Jean-François Dandrieu, organiste, en guise de préface à l’ensemble de son oeuvre pour orgue. Écrite vers les années 1730, cette préface nous replonge dans une ambiance révolue et témoigne, à sa façon, de l’évolution de la langue française.

La ponctuation, la grammaire, tout, l’extrait est tel quel, a été conservé. Amusez-vous à découvrir les astuces de la langue écrite.

Avertissement

La dificulté de composer des Pièces d’Orgue telles qu’il seroit à souhaiter qu’elles fussent pour être dignes de la majesté du Lieu où l’on touche de cet Instrument qui sert avec tant de distinction à chanter les louanges de Dieu, m’a long-tems fait balancer à entreprendre ce travail. Mais enfin la considération du besoin que peuvent en avoir les Persones particulierement consacrées au service des Autels, m’a determiné à m’y apliquer avec toute l’atention dont je suis capable.


J’ai tâché à me faire un Plan qui pût embrasser une certaine étendue et qui fû en même tems uniforme dans toutes ses parties.
L’Ouvrage entier sera divisé en deux Livres: le Premier que j’ofre actuèlement au Public est composé de six suites de Tons diferens, dont il y en à la moitié de Mineurs et la moitié de Majeurs.
Chaque Suite comence par un Ofertoire, après lequel viènent plusieurs Pièces séparées, et finit par un Magnificat du même Ton.


Je me suis éforcé par tout a saisir cète noble et élégante simplicité qui fait le caractère propre de l’Orgue, et j’ai eu soin d’indiquer le mouvement et le goût de chaque Pièce, par les termes qui m’ont semblé les plus convenables pour désigner mon intention. Enfin j’ai marqué les agrémens nécessaires par les mêmes signes que j’ai employés dans mes Livrees de Pièces de Clavecin, et qu’on trouvera répétés à la fin de la Table.
A l’égard du Second Livre que je me propose de publier dans la suite, il renfermera les autres Tons les plus en usage. traités d’une manière conforme à celle qu’on a suivie dans celui-ci.

Premier livre de pièces d’orgue / par Jean-François Dandrieu. — Mainz : B. Schott’s Söhne

Bench / George Fetting

Bench / George Fetting

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Photo: Courtoisie de FileMagazine.com

Publié par : Pommes d'Adam | octobre 2, 2009

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À ceux qui me lisent. Je suis là.

J’attends mon tour pour aller au batte. Ce n’est pas une raison, je sais. Quand même…

Je pense à Nelly Arcan… que j’ai ‘peur’ de lire. Nelly. Nelly. Personne d’assez fort pour toi…

À Falardeau, dont j’admirais, au fond, le culot, sans pour autant apprécier le style.

Le style… façon de parler. Il me semble que le Québec méritait plus que le ressentiment, ce que je croyais voir trop souvent chez Falardeau.

La mort est passée. Au dépourvu, j’ai été pris.

Sans titre-Jen Weigh

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Photo: courtoisie FileMagazine.com

Publié par : Pommes d'Adam | juillet 16, 2009

Faire de l’air

Il y a quelque chose dans l’air, pour moi.
Le climat m’affecte
Sur l’air du temps, je nage
Vivement les vacances
Que je change de climat
À l’air libre de m’en aller
Les fesses à l’air
Où bon me semble

Jumping meditation -- Riad Galayini

Jumping meditation -- Riad Galayini

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Photo: courtoisie de Filemagazine.com

Publié par : Pommes d'Adam | juillet 16, 2009

Le fil d’Ariane

@Denis Thibault

@Denis Thibault

Petit matin tranquille sur la terrasse.

Café, cigarette, soleil oblique qui lèche les perspectives et rehausse les couleurs, sèche les pétales ployés de rosée.

Depuis mon banc, j’observe, révélée par cette lumière particulière, une tangente translucide qui s’élève dans l’air, presque à l’horizontale. Arc-boutée entre ce banc et le fauteuil, un bon mètre et demi sépare les deux points d’ancrage reliés par ce fil d’araignée.

Un minuscule fil d’araignée! agité par la brise, résiste, seul, aux lois de Newton. C’est extraordinaire. Comment les araignées font-elles pour franchir ainsi de telles distances? En tout cas, j’admire leur ingéniosité.

Medic / Geoff Stamp

Medic / Geoff Stamp

Parfois, je me sens comme ça, écartelé entre deux points, mis en demeure de m’élancer, d’un  point à un autre, avec en-dessous un vide sidéral.

Sidéral, parce que c’est de nuit que ça se passe. Comme les araignées, en somme, qui font surgir au matin des sculptures défiant le sens commun.

Témoin de la gravité de la vie.

Rustwater / Reginald Balanga

Rustwater / Reginald Balanga

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Photos: @Denis Thibault et courtoisie de Filemagazine.com

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