Sujet pensant ou objet désirable. Entre les deux, des années de lavage de cerveau, d’effigies et de démissions organisées. Soit être aspirée, soit sortir de la centrifugeuse. Voici le dilemme de l’individuation des femmes lorsque la liberté entre en collison avec le binaire vierge / putain.
Comment penser le féminin dans une société capitaliste qui a permis, philosophiquement et financièrement, l’arrivée de l’individu émergeant au-dessus de la masse. Comment se détacher de la masse tout en continuant d’appartenir au groupe? Tant que c’était des hommes uniquement qui s’en prévalaient, et que les formes primitives de la communauté n’étaient pas menacées, dans leur symbolique profonde, ça pouvait passer. La société pouvait continuer de se ‘reproduire’, symboliquement et matériellement: le taux de fécondité étant un baromètre objectif et pondérable, à défaut de pouvoir l’expliquer complètement…
Maintenant, dès lors que les ‘femmes’ aspirèrent aux mêmes libertés que les hommes, la société s’est contractée et le relais symbolique de la reproduction a roulé par terre. Le système a été obligé de se redéployer dans un autre univers sémantique. Certaines et certains le reprennnent au rebond et le font avancer. C’est dans cette course à obstacles que se joue désormais la redéfinition des rôles sociaux et le choix du parcours identitaire de chaque individu.
Oui Nelly Arcand souffrait d’une maladie mentale. Mais ça n’explique pas tout de simplement constater l’évidence. La maladie peut être vue comme la conséquence d’un état débilitant, d’une situation de fait aliénante; bref, voir la maladie qui découle plutôt que celle qui cause. Du reste, cette maladie n’a été psychotique qu’un cours instant; un être aussi talentueux ne réalise pas autant et surtout ne se donne pas la mort de gaité de coeur. Le reste du temps, cette maladie s’est agie comme révélateur d’une problématique sociale et personnelle. C’est-à-dire que le parcours de Nelly Arcand a coloré ‘personnellement’, de son trait unique, un état de fait social pathogène, généralisé et potentiellement destructeur qu’elle a tenté de sublimé dans l’art… dans le temps même qu’elle conjurait le monstre qui la grugeait et contre lequel elle a cessé de résister, épuisée, traquée. C’est mon hypothèse.
Que son souvenir nous inspire.
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Version remaniée d’un commentaire publié initialement chez Joblo, suite à son «Nelly pour toujours», 25 septembre 2009.






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